Harcèlement scolaire : droits des victimes, devoirs des institutions, risques pour les auteurs Sarah parmi eux. Au milieu de la cour de récréation, la fillette de 12 ans joue avec ses amis avec un grand sourire aux lèvres. Il revit au petit collège de Saint-Paul, au pied des montagnes savoyardes, près d’Albertville. Après avoir vécu l’enfer l’année dernière dans son ancien établissement du sud de la France. “J’ai été beaucoup laissée de côté, isolée”, dit-elle. “Quand j’étais avec mes amis, un garçon est venu nous déranger. Il a pris nos affaires, nous a insultés. Il a aussi commencé à nous frapper.” “Ils se sont moqués de moi parce que je ne parlais pas très bien français. Parce que j’avais de bonnes notes, ils m’ont traité de sale con. Sinon, il m’a maudit parce que j’avais deux mères.” Sarah, étudiante Sentinelle au Collège Saint-Paul de Saint-Paul-sur-Isère chez franceinfo Face à l’homophobie, aux violences verbales et physiques, elle met en garde les enseignants. Un soir, il va voir le CPE, le conseiller pédagogique du primaire. Le garçon qui la harcelait l’avait poussée contre une barrière, lui avait tordu la jambe. “Ils ont dit que c’était amusant entre amis [la CPE] il pensait que ça passerait. Mais non, continuez ! », insiste-t-elle. “J’étais triste, je me sentais fragile, en danger. Je ne voulais plus aller à l’université, je ne voulais même plus vivre dans cette ville.” Sarah, étudiante Sentinelle au Collège Saint-Paul de Saint-Paul-sur-Isère chez franceinfo Avec ses deux mères, elle déménage et s’installe en Savoie. Au collège Saint Paul, elle n’est plus harcelée. “C’est une nouvelle vie, je me sens 100 fois mieux.” Dans son nouveau collège, l’élève de 4e est même devenue Garde. Sarah va voir ses camarades insultés, moqués, isolés des autres élèves dans les couloirs ou sur la cour de récréation. Elle leur tend la main, les incitant à parler à un adulte qui, à son tour, punira l’agresseur. “Je trouve qu’en expliquant que j’ai moi-même été victime, mes partenaires me parlent plus facilement. Je sais ce que je ressens dans ces situations”, explique Sarah. “Parfois, je me reconnais dans certaines situations”, ajoute Mia. Elle a aussi souffert quand elle était plus jeune, à l’école primaire. “C’était à propos de mon poids”, dit-elle. “Ils m’ont dit que j’étais grosse, que j’étais enceinte. Ça faisait très mal. J’avais moins confiance en moi, j’étais plus isolée.” “Une fois, j’ai été frappé très fort au ventre par plusieurs personnes. Je ne pouvais plus respirer. C’est parce que j’ai subi ça qu’aujourd’hui j’essaie de protéger les autres.” Mia, étudiante Sentinelle au Collège Saint-Paul de Saint-Paul-sur-Isère chez franceinfo Comme Sarah, l’adolescente porte un bracelet vert fluo, marque de fabrique des Sentinelles. Ils ont des techniques pour repérer les cas potentiels de harcèlement : « J’essaie de remarquer si je vois des gens qui pourraient se sentir isolés. Et je leur dis qu’ils ne sont pas seuls, beaucoup ont déjà vécu cela. Et tu ne devrais pas penser que c’est de sa faute. C’est ce que je pensais parfois.” Le bracelet vert fluo porté par les élèves du lycée Sentinelle du collège Saint-Paul en Savoie. (THOMAS GIRAUDEAU / FRANCEINFO) En tant qu’anciennes victimes et compagnes, Mia et Sarah gagnent la confiance des autres élèves. Jordan lui-même n’était pas une victime, mais un témoin de beaucoup de violence et d’intimidation à l’école primaire. Arrivé au collège Saint-Paul, il a tout de suite voulu devenir gardien. “Parfois, je suis témoin de bousculades dans les couloirs, d’intimidation dans le bus. Ainsi, je me mets au niveau de mes compagnons. Je m’assieds à côté d’eux, je leur tends la main. Et puis merci On est reconnaissable à notre bracelet vert fluo Parfois ce sont les étudiants qui viennent nous voir.” Les sentinelles sont des vigies indispensables pour Mickaël Gay. L’enseignant est responsable du dispositif au sein du collège, qui a été mis en place car « nous avons constaté une augmentation du nombre d’étudiants qui ont vécu des événements difficiles dans d’anciens établissements ». C’est lui qui forme les élèves du collège Sentinelles, pendant quatre jours, à identifier les situations problématiques, à aider leurs camarades. “Ce sont un peu nos yeux et nos oreilles là où on ne peut pas aller”, explique Mickaël Gay. “Dans les vestiaires, dans les toilettes. Dans les couloirs où un adulte n’est pas présent. Ils peuvent vraiment être partout. Avoir des adultes n’aurait pas tout à fait le même impact.” Mia confirme : “On est là dans le bus, à la cantine. Quand les professeurs ne sont pas là.” Mickaël Gay, éducateur et bibliothécaire du Collège Saint-Paul de Saint-Paul-sur-Isère, propose tout au long de l’année des ouvrages sur le harcèlement scolaire au CDI. (THOMAS GIRAUDEAU / FRANCEINFO) En plus des Sentinelles étudiantes, des adultes-reporters – enseignants, personnel d’accompagnement des étudiants en situation de handicap, personnel d’entretien – sont également là pour repérer les situations problématiques et aller parler aux agresseurs. “Ce n’est pas le rôle des étudiants d’aller voir les agresseurs pour qu’ils ne soient pas traités d’écailles, estime Mickaël Gay. Ils ne devraient pas agir comme des super-héros. Le collège compte une vingtaine d’élèves surveillants cette année. Et les résultats sont là : les insultes, les railleries fusent toujours, mais reviennent vite aux oreilles des Gardes et des adultes. “On arrive à les arrêter avant que ça n’aille trop loin, avant que ça ne devienne du harcèlement”, assure le proviseur du collège, William Ghibaudo. Pour lui, l’avantage du dispositif Sentinelle est qu’il est permanent, contrairement à une intervention ponctuelle d’une association ou d’un coordinateur extérieur lors de la journée nationale anti-harcèlement du 10 novembre, qui risque d’être vite oubliée par les étudiants. L’institution n’a jamais eu à aller jusqu’à suspendre un étudiant. L’éducateur a demandé aux élèves coupables une note d’excuse, à l’attention de la victime ou des victimes. Puis il les met au travail, en CDI, sur le harcèlement et comment remédier à leur erreur. Harcèlement scolaire : en Savoie, les élèves ‘Sentinelle’ veillent sur leurs camarades – Reportage de Thomas Giraudeau
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