En face du Centre Beaubourg, en plein cœur de Paris, Paul et Edith quittent le bureau de vote presque simultanément. Ils ont longuement fait la queue pour déposer un bulletin de vote au nom…, ce qui ne leur a pas plu. Mais pas la même chose.
“Au premier tour, on choisit, au second, on exclut”, explique Paul. J’aurais volontiers éliminé les deux ! Mais j’ai finalement voté pour Noupes, le cœur gros. Cet ancien conseiller de 76 ans ne porte pas dans son cœur le rassemblement de la gauche, qui a été porté ici par l’avocate Caroline Mecary, dans le 7e arrondissement de Paris. “C’est une façade propre”, dit-il. Il s’est demandé : « Est-ce que je prendrais Mélenchon pour baby-sitter ? Est-ce que je lui prêterais ma mobylette ? Non jamais ! Cependant, il est encore plus critique à l’égard de la majorité présidentielle, représentée par Clément Beaune, le représentant du ministre de l’Europe.
“En tant qu’ancien sous-officier de hussards, j’ai une certaine admiration pour l’ambition”, a déclaré l’homme à la chemise à fleurs en souriant. Mais l’ambition ne suffit pas. Vous avez besoin d’un projet. Pourtant, sur des sujets aussi stratégiques que l’éducation ou la santé, le président n’a pas de plans, pas de visions. Elle permet de détruire le modèle social français. Edith, qui préfère aussi rester anonyme, garde un discours assez symétrique. “Je suis de gauche et Macron n’est pas vraiment ma tasse de thé”, confie le quinquagénaire, qui écrit et traduit des livres. Je n’aime pas beaucoup le jeune homme pour qui j’ai voté, Clément Baune. Mais ma gauche c’est Blum et Jaurès. Pas celui de Jules Guesde. »
S’il a décidé de choisir la candidate macroniste, c’est donc avant tout pour opposer Jean-Luc Melanson et Caroline McCarthy. “Ils représentent une gauche communautaire, qui divise la société en s’adressant successivement à différentes circonscriptions”, a-t-il déclaré. C’est à l’opposé du message laïc et universel pour lequel je me bats au quotidien. »
Thien, 50 ans, devant le bureau de vote installé à l’école Renard dans le 4e arrondissement de Paris, le 19 juin 2022. OLIVIER LABAN-MATTEI / MYOP POUR “LE MONDE”
Quelques minutes plus tard, Thien quitte le bureau de vote. Avec beaucoup moins de réticence, il a voté pour le candidat de l’actuelle majorité présidentielle. “Au milieu des grèves, de la réforme SNCF, de la réforme Covid, de la guerre, Macron n’a pas eu un mandat facile et il a plutôt bien géré le pays”, a déclaré l’exécutif de La Poste. Il ajoute en riant : “Avec la réforme des retraites en vue, la suite sera difficile. Si j’étais à sa place, je ne me représenterais pas. »
Dans ce 7e arrondissement de Paris, Caroline Mecary est arrivée en tête du premier tour des élections législatives, avec 41,40 % des suffrages. Le marcheur historique, proche du chef de l’Etat, Clément Beaune (35,81%) espère toutefois y parvenir, maintenir cette circonscription au sein de la majorité présidentielle et, en même temps, maintenir sa place au gouvernement.
Denis Cosnard